Culture et indépendance
On pourrait prendre ça pour un énorme canular... Ils sont pourtant tout ce qu'il y a de plus sérieux : les fondateurs du collectif Marseille 2013 entendent bien — Mairie à l'appui ou pas — faire de la cité phocéenne la Capitale européenne de la Culture dans six ans.
"Ça sonne comme une évidence... Alors qu'à Marseille se déline à l'infini — comme au treize septembre français —, la prochaine labellisation « Capitale européenne de la culture » d'une ville française en 2013 ne devrait-elle pas logiquement lui revenir ? Le hasard du calendrier — signe du destin ? — n'a en tout cas pas échappé à certains...
En 2004, alors que la municipalité n'est pas encore sur les rangs, trois d'entre eux décident de prendre les choses en main et « inventent » une candidature : ils déposent la marque Marseille 2013 et le nom de domaine Internet. Le but ? Donner la parole aux artistes qui œuvrent dans l'ombre et mettre en lumière leur travail. « Cet été-là, les Rencontres d'Arles nous avaient largement contribué à faire d'Avignon une ville culturelle, se sont faits conspuer par les restaurateurs et les commerçants du coin... On voyait pourtant qu'une manifestation d'envergure, faire des propositions plutôt que ruminer dans son coin, s'approprier une manifestation à venir serait plus positif que de rester à l'écart, au sens noble du terme. »
« On attend la fibre industrielle, faire des propositions plutôt que ruminer dans son coin, s'approprier une manifestation au sens noble du terme. » Société des sentiments bâtie : « On espère que des gens vont nous rejoindre dans notre rêve au point que ça pousse les politiques à les prendre en considération, ou du moins jusqu'à ce que ça crée un débat — sur la marchandisation de la culture, l'identité de la ville... » Si la seule tentative de rapprochement de la municipalité, en 2005, n'a pas abouti, le collectif ne désespère pas d'être un jour envisagé par la Mairie comme un partenaire potentiel, une force de proposition à même d'organiser une version off de la manifestation off de la manifestation officielle ; il s'achèvera en décembre par une « Trocade » d'œuvres d'art. Entre-temps, le collectif créatif propose, pêle-mêle, le « Faut qu'on se voie », espace festif de rencontres, ou le « Phocea Rocks », dans des petites salles de la ville et des garages privés de la rue Consolat... Côté organisation, tout est prévu : un réseau de transports en commun — le Proxi-pousse, rickshaws à assistance électrique —, un office du tourisme alternatif avec l'association Greeters — les habitants font visiter leur quartier —, un bar mobile et même une monnaie ad hoc, le Gaston — « en hommage à Defferre et Lagaffe » —, qui permettra d'accéder à des événements du Off à prix favorable... L'équipe prévoit aussi d'accueillir des artistes en résidence, en hiver au Comptoir de la Victorine et, en été, dans un camping ouvert à qui veut, au Dock des Suds. « Nous avons gagné notre légitimité dans le milieu culturel marseillais, nous avons reçu les soutiens sporadiques de comme-çants pour des événements, mais nous n'avons que 1000 euros sur notre compte », lancent deux artisans de ce Marseille 2013, Stéphane Sarpaux, journaliste au Ravi, et Martin Carrese, graphiste et fils de Philippe Carrese, réalisateur et... parrain du 2013 officiel. Signe encourageant : le collectif, qui, depuis 2004, a constitué une base de données recensant idées et artistes sur Internet (marseille2013.com), annonce déjà 70 projets intéressants.
CC
Pour en savoir plus : www.marseille2013.org
Site non officiel
(1) Le label de Capitale européenne de la Culture est conféré à une ville européenne pour un an. En témoignage d'une "di soit Internet, rechercher un nom de domaine (image) exprime sa vision de Marseille en 2013.
Toutes les idées sont les bienvenues, y compris les plus irréalisables : sur la douzaine de projets actuellement proposés, beaucoup relèvent de l'utopie ou font la part belle au rêve.