La Dodue
L’exposition Carte Postale Marseille, présentée à Recyclart en 2004, marque la première apparition publique de La Dodue, figure encore informe qui deviendra plus tard Micheline.
L’exposition correspond à la période de mon installation à Marseille, mais se déroule à Bruxelles, dans le lieu Recyclart, dont j’avais auparavant créé l’identité visuelle. Présentée dans le cadre de l’exposition collective Carte Postale Marseille, elle transforme Marseille en territoire mental autant que géographique : une ville vue depuis la route, la migration, le déplacement et l’imaginaire du transport.
Les œuvres réunies dans cette exposition composent une mythologie du transport : un monde où les véhicules deviennent des organismes, des reliques, des idoles ou des présages. Le métal, le bitume, les plaques, les panneaux et les silhouettes mécaniques forment le vocabulaire d’une croyance moderne, à la fois fascinée par la vitesse et hantée par l’accident.
Une religion de la mobilité
Immatricula
Immatricula reprend la structure d’une rosace gothique. Les Matricules y sont organisés comme des figures sacrées, prises dans une liturgie du transport.
À l’extrémité de la composition se trouvent ceux qui entretiennent la route et préparent la reproduction du corps de métal. Bardés de zébras, ils portent les marques du chantier, mais aussi celles du labour : des traces proches de celles de la charrue, de ceux qui retournent la terre pour la fertiliser, dans une logique archaïque de préparation du sol et de renaissance.
Plus près du centre apparaissent ceux qui assurent la reproduction — camionnette et voiture — pris dans l’acte d’engendrer le corps métallique. Au cœur de l’image se trouve un homme de Vitruve : mon ami Rasmus Olme, photographié dans mon camion de déménagement juste avant mon installation à Marseille. Il est entouré de six « apôtres » : des Renault 4L désimmatriculées, destinées à un spectacle de cascades, photographiées au J4 à Marseille.
Cette image annonce l’entrée en religion de la mobilité. Micheline n’est pas encore nommée, mais son culte commence déjà à s’organiser.
Autofossils
Autofossils présente des véhicules comme des vestiges retrouvés après la disparition de leur civilisation.
Ces formes évoquent des fossiles automobiles : traces d’une époque qui aurait transformé son désir de vitesse en matière noire, en dépôt, en empreinte géologique.
Micheline Turbine
Micheline Turbine constitue la première apparition visuelle de Micheline.
La forme évoque à la fois la turbine, la propulsion, la circulation et l’absorption. Elle prolonge aussi l’intuition déjà présente dans Matricules autour du Cri de Munch : un cri double, à la fois jouissance de la reproduction mécanique et cri inaudible face à la mobilité destructrice que nous produisons. Micheline apparaît ici comme une force hypnotique et rotative, née de cette tension entre mouvement et sidération, entre désir d’accélération et immobilité du corps pris dans les phares.
Kaos
Kaos, aussi appelé Le chaos immatriculé, transforme le désordre en identité.
Le chaos y devient identifiable, numéroté, enregistré : une force instable ramenée au régime administratif de la circulation.
Accident
Accident met en scène la mobilité comme une trajectoire vers le choc. En parallèle des culs de camions et des Matricules, je photographiais aussi des façades de maisons ou des rez-de-chaussée de rues composés d’une porte de garage et de deux fenêtres. Ces images procédaient du même principe de paréidolie que les Matricules : reconnaître des visages, des corps ou des présences dans des formes fonctionnelles.
L’accident n’est plus un événement isolé, mais une destination.
Au centre se trouve un camion poubelle, tous feux allumés, avec lequel j’imagine l’accident. À l’extrémité se trouve la maison. Entre les deux se déploie une succession de figures : workers, fuckers, fuckers nuit, puis people — des Matricules avec des humains devant.
Babylon Parking
Babylon Parking reprend les mêmes Matricules fuckers, mais les organise en spirale, à la manière d’une tour de Babel de véhicules en reproduction.
Vues de l’exposition
Investir dans l’avenir, c’est miser sur l’efficacité, l’agilité et la créativité. Moins de temps perdu, plus de valeur ajoutée et d’idées inspirantes. Avançons ensemble avec style, précision et impact !