Performance et photographies Pour Architecture en Scène
Avec la Fondation Sens Unique, Quartier Européen, Bruxelles
Dans le Bruxelles de la fin des années 1990, le quartier européen se construisait sur un principe très clair : un urbanisme à sens unique. D’un côté, les décideurs qui redessinaient le quartier selon les besoins des institutions ; de l’autre, les habitants, pratiquement absents de la table. Les rues étaient reconfigurées, les flux imposés, les trajectoires figées. Le panneau « Sens unique » résumait à lui seul cette logique : une ville pensée dans un seul sens, sans négociation.
Avec Thierry Decuypere, nous avons décidé d’en faire un geste. Nous avons prélevé un panneau, marché à pied au milieu du trafic et déplacé littéralement l’autorité du signe. Le dispositif était volontairement minimal : deux corps dans le flux, un symbole de contrôle dans les mains, et la volonté d’interférer dans un espace qui ne tolérait aucune interférence. Ce n’était pas uniquement une perturbation du trafic, mais une manière de renvoyer aux autorités leur propre logique : quand tout est décidé d’en haut, que reste-t-il de l’usage réel, des habitants, de la ville vécue ?
Pendant l’action, je photographiais la scène depuis l’intérieur du flot de voitures, pour montrer ce retournement précis : le moment où l’ordre planifié rencontre une résistance minuscule mais visible. Une de ces images a ensuite été utilisée en couverture d’une publication de la Fondation Sens Unique, ce qui a donné au projet une existence publique durable.
Sens Unique n’était pas un happening isolé : il s’inscrivait dans une période où Bruxelles voyait émerger des formes d’activisme spatial, de critiques urbaines menées par des artistes, des habitants, des collectifs. En détournant un objet de signalisation, nous pointions la mécanique qui gouvernait le quartier : un urbanisme orienté dans une seule direction, sans réciprocité ni dialogue. En le ramenant dans les mains de ceux qui traversent réellement la ville, le panneau devenait un outil de reprise symbolique, un rappel que l’espace public n’est jamais neutre et qu’il peut parfois être réouvert par un simple geste.